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Janvier La ferme en coulisses

Janvier – Le jardin en coulisses

Janvier est souvent perçu comme un mois calme au jardin. Le froid s’installe, les journées sont courtes, et la terre semble figée. Pourtant, c’est loin d’être un mois d’inaction. Janvier, c’est le moment où tout se prépare en coulisses, un peu comme les répétitions avant une grande première.

C’est le temps des derniers ajustements :les catalogues de semences ont été feuilletés (parfois bien trop longtemps), les commandes sont passées — souvent avec cette petite voix intérieure qui murmure « Allez, une variété de plus, ce n’est pas raisonnable mais ça fera plaisir ».Le plan de culture est affiné, corrigé, puis re-corrigé, car sur le papier tout est parfait… et au jardin, on sait que la réalité aime improviser.

Sur les planches de culture, certaines plantes tiennent encore bon face à l’hiver : poireaux, blettes, mâches, laitues, parfois quelques choux. Elles occupent l’espace, discrètes mais vaillantes.Les autres zones ont été nettoyées, débarrassées des restes de la saison précédente, puis soigneusement paillées.



Ce paillage joue un rôle essentiel : il protège la vie du sol, limite le lessivage dû aux pluies hivernales et prépare doucement la terre à accueillir les cultures à venir.

Les anciennes couches chaudes ont été vidées, les allées sont paillées avec du BRF (bois raméal fragmenté), et l’ensemble du jardin semble entrer dans une phase de respiration profonde.C’est dans cette atmosphère calme et concentrée qu’arrive le moment de remettre en place un outil précieux du maraîchage d’hiver : les couches chaudes.

Les couches chaudes – Le chauffage central du potager

Une couche chaude est un dispositif ancien, utilisé bien avant l’apparition des serres chauffées ou des tunnels électriques. Son principe est à la fois simple et ingénieux : utiliser la chaleur produite naturellement par la décomposition du fumier pour réchauffer la terre.

Concrètement, une couche chaude est constituée d’un amoncellement de fumier, généralement recouvert de terre. Lors de sa décomposition, le fumier est colonisé par des bactéries qui, en travaillant, dégagent de la chaleur.Cette chaleur va se diffuser vers le haut, réchauffant le sol et créant un microclimat favorable à la culture de légumes, même au cœur de l’hiver. C’est de la biologie appliquée, version jardin.

Les couches chaudes permettent notamment :

  • de produire des légumes d’hiver plus confortablement,

  • de démarrer des semis précoces,

  • d’anticiper la saison de plusieurs semaines,

  • et de jardiner sans énergie fossile (la planète dit merci 🌍).

La structure : penser pratique avant tout

Nous réalisons les couches chaudes dans un coffre composé de cadres en bois empilés les uns sur les autres. L’ensemble atteint environ 80 cm de hauteur, ce qui permet d’avoir une bonne masse de fumier, donc une chaleur durable.

La largeur dépend de l’endroit où la couche est installée. Chez nous, elles se trouvent exclusivement dans les serres, mais il est tout à fait possible d’en réaliser en extérieur. Dans tous les cas, un point essentiel est à respecter : vous devez pouvoir atteindre facilement le centre de la couchelors des semis, plantations et entretiens. En pratique, il est conseillé de ne pas dépasser 120 cm de large. Au-delà, on jardine plus avec le dos qu’avec les mains… et le jardinage doit rester un plaisir.

Le fumier : le cœur de la machine

Vient ensuite l’étape clé : le remplissage en fumier.Personnellement, nous utilisons que du fumier frais, c’est-à-dire qui n’a pas encore chauffé. C’est lui qui va produire la montée en température la plus franche.

Certaines personnes préfèrent mélanger :

  • du fumier frais,

  • du fumier plus ancien (ayant déjà chauffé une première fois),

  • et parfois des feuilles mortes.

Il n’y a pas de recette universelle. Le choix dépend de ce que l’on a sous la main, de son climat et de son expérience. L’essentiel est d’obtenir une matière suffisamment riche pour chauffer, mais aussi bien aérée pour que les bactéries puissent travailler correctement.

Humidité et tassement : le juste milieu

Selon l’état du fumier, il faudra parfois arroser. Le fumier doit être humide, mais jamais détrempé.Après l’avoir disposé, on le tasse modérément : trop tassé, il manquera d’air et chauffera mal ; pas assez tassé, la montée en température sera irrégulière.

C’est souvent l’étape la plus délicate, mais aussi celle où l’on apprend le plus. Avec le temps, le geste devient instinctif.Un test simple et efficace : prenez une poignée de fumier et pressez-la dans votre main.

  • Si un peu d’eau apparaît, c’est parfait.

  • Si l’eau coule franchement, il y a trop d’humidité.

  • S’il ne se passe rien du tout, un léger arrosage s’impose.

Les bords de la couche doivent être bien droits afin d’assurer une bonne stabilité. Une petite planche ou un râteau suffit amplement pour ce travail.

Conserver la chaleur et surveiller

Une fois le fumier en place, nous installons sur le dessus un voile de forçage P17 (17 g/m²).Ce voile permet de conserver un maximum de la chaleur produite par la décomposition et d’éviter les pertes thermiques.

L’utilisation d’un thermomètre à compost est vivement conseillée. Il permet de suivre l’évolution de la température à cœur et d’anticiper les prochaines étapes.Le fameux « coup de feu » peut survenir très rapidement : parfois en seulement trois jours.

La température au cœur de la couche peut dépasser 60 °C, tandis que juste au-dessus, elle se situe généralement entre 20 et 27 °C. Autant dire que, sous ce petit microclimat, les légumes se croient déjà au printemps.

Relancer une couche fatiguée

Avec le temps, la température d’une couche chaude peut diminuer. Ce n’est pas un échec, c’est simplement le cycle naturel de la matière organique.Si nécessaire, il est tout à fait possible de réchauffer une couche en ajoutant une nouvelle épaisseur de fumier frais sur le dessus.Une sorte de recharge énergétique, version potager.

En janvier, mettre en place des couches chaudes, c’est faire le choix d’un jardin vivant, observé et accompagné. C’est accepter de travailler avec la nature plutôt que contre elle, et de transformer l’hiver en saison active, pleine de promesses

 
 
 

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